Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog propose l'ensemble des chroniques "Trésor du breton écrit" publiées dans Ouest-France Dimanche de 2016 à 2025. Il est augmenté deux fois par mois par d'autres chroniques publiées seulement sur le web. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

En français on plante les pommes de terre, en breton on les sème (hadañ avaloù-douar)

Fils de paysan j’ai toujours trouver curieux d’entendre les francophones planter des pommes de terre alors que nous les brittophones nous les semions. J’ai voulu en avoir le coeur net en fouillant les textes bretons qui en parlent .

Dès 1836, Livr al labourer (Le livre du laboureur) écrit par Joachim Gwilhom tranche de façon claire la façon de mettre en terre les pommes de terre :
Ha p’en deus deuet imbril get amzer dous ha klouar
Na c’hortozit ket pelloc’h, hadit avaloù-douar
N’o goloit ket re, abretoc’h e tommint
Diouzh terennoù an heol buanoc’h e kelidint
Pa vo hiraet an troad, digoret an delien
Pa vo gleb ar gwriziad, arlec’h un defouren,
Kemerit ho pigell hag evel moudennoù
Savit uhel en douar diouzh treid ar plantennoù
Ha neuze heb doujañ na sec’hor na tommder
Ar gwriad ha krouiaj a oarno o douster

(Quand avril est venu avec la saison douce et tempérée, n’attendez pas d’avantage, semez vos pommes de terre, ne les couvrez pas trop, la chaleur leur arrivera plus vite, elles germeront plus tôt aux rayons du soleil. Quand les tiges seront plus longues et les feuilles plus larges, que les racines seront trempées, après une pluie d’orage, prenez votre pioche et elevez en forme de buttes de terre tout autour de leurs pieds, et alors sans craindre la sécheresse ni la chaleur, les racines et les germes conserveront l’humidité nécessaire à leur végétation)

En 1851, le guide du cultivateur breton ( Kelennoù war labour pe gounidegezh an douar) de Théophile de Pompery nous indique aussi la façon de semer des pommes de terre : An avaloù-douar ‘dleont bezañ hadet a renkennadoù ma c’heller o c’houennañ hag o douarañ aez… labourerien ‘zo oc’h heuliañ var merc’hed evit goloiñ an had gant ar varr ( Les pommes de terre doivent être disposées en lignes afin de pouvoir la biner et la butter facilement.  Des ouvriers suivent les semeuses et les recouvrent avec la houe).

La messe est donc dite. Reste à elucider l’arrivée des mots patatezenn et aval-douar. Selon Martial Menard, c’est le libraire Alexandre Ledan de Morlaix qui utilise pour la première fois le mot en 1834 : « ar batatezenn deus park ho amezeg » (la patate du champ de votre voisin. Quant à Avaldouar on le trouve dans le dictionnaire breton-français de Le Gonidec en 1821 avec cette interessante précision : « Quoique cette plante ne fût pas connue de nos pères, j’ai cru devoir lui donner place ici, avec d’autant plus de raisons que le nom par lequel on l’a désigne est pur breton et qu’il était déjà commun à la truffe et à l’aristoloche ».

C’est pourquoi on trouve effectivement dans le dictionnaire de Grégoire de Rostrenen (1732) le mot aval-douar avec le sens d’Aristoloche.
Dans le dictionnaire du morlaisien Coatanlem, on confirme les dires de le Gonidec : « La culture de la pomme de terre (aval douar, avaloù-douar) est déjà fort étendue et l’on en fait un grand usage comme aliment sous le nom de patates que les Français lui ont donné à cause de sa ressemblance aux patates d’Espagne).

Ce n’est en effet qu’en 1741 qu’un agriculteur de Messac près de Rennes rapporte d’Irlande les premiers tubercules baptisé patatas par les Espagnols et Potatoes par les Anglais à cause de sa ressemblance avec la papas (Patate douce). Mgr de la Marche surnommé Eskob ar patatez introduit la culture dans le Léon ainsi que Barbier de Lescoet à Morlaix. Pas étonnant donc que la Bretagne Linguistique soit coupée en deux : on dit Patatez ou Pato en Léon, en Trégor et en Haute Cornouaille et Avaloù Douar en Basse Cornouaille et en Vannetais.

 

 

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Joachim Guillom, Livr el labourer, Vannes, 1849, P 46, lenn en linenn war Gallica
Théophile de Pompery, Quelennou war labour pe gonnidegues an douar, Brest, 1851, pp102-112.

Youenn Drezen, Breizh rouanez an avaloù-douar e Bro-C'hall, L'heure bretonne, 22/03/1941

Goulven Mazeas, Petite histoire bretonne de la Pomme de terre, Brest, 1940 lire en ligne sur le site de l'IDBE