La grande dame : Linda Asher traductrice américaine de Jean-Marie Déguignet
La grande Dame
Le week-end du 4-5 octobre le centre Déguignet a reçu la visite de la traductrice américaine des Mémoires d’un paysan bas-breton. Le livre sort en anglais en février à New York. Après l’édition tchèque tout nouvellement publiée, le nom de Déguignet et le nom d’Ergué-Gabéric entame un périple mondial.
“Je veux voir Quimper toute seule”. Linda Asher sait ce qu’elle veut : pas de comité d’accueil, pas de guide, “je veux sentir la ville”, dit elle par téléphone. Jusqu’au 3 octobre dernier, la traductrice américaine de Déguignet n’était qu’une adresse internet pour nous, et les seules relations nouées ne consistaient qu’en des renseignements techniques par rapport à la traduction. Nous avons été flattés qu’elle nous envoie un exemplaire de son travail pour une relecture avant publication. Il y a donc eu un vrai dialogue pour optimiser l’exactitude des mots employés, notamment ceux qui concernent les bretonismes, et le langage militaire. Nous avons eu l’impression que cette traduction n’était pas seulement un travail de commande, il y avait de la passion là-dessous.
Rendez-vous avait été fixé place Saint Corentin, et la question me brûlait les lèvres : Pourquoi Déguignet ? Linda me confie que pour cultiver son français elle regarde régulièrement TV5 la chaîne internationale des télévisions francophones. Elle a vu par hasard le reportage de France 2 sur les Mémoires. Ce qui l’a intéressée c’est la réussite de ce livre hors des sentiers battus par la grande édition parisienne. « Pour une fois –dit elle– ce ne sont pas les snobs de la capitale qui font les succès littéraires. » Elle a demandé à son éditeur de lui acheter ce livre au salon de Francfort ou l’institut culturel de Bretagne possédait un stand. Comme beaucoup elle se captivera pour les aventures de notre paysan du Guélennec : « Déguignet is unique, not only for being a literate peasant, but also for his skepticism regarding the church ; his interest in science, astronomy, and languages ; and for his keen –often caustic—observations of the world and people around him. » (Déguignet est unique non seulement pour être un paysan cultivé, mais aussi pour son scepticisme envers l’église, son intérêt pour la science, l’astronomie et les langues ; et pour sa vision souvent caustique du monde et de ses contemporains.) Traductrice de Victor Hugo, Georges Simenon et Milan Kundera aux Etats-Unis, Linda Asher vient de recevoir le prix Franco-Américain de la traduction pour son travail sur La maladie de Sachs de Martin Winckler. Autant dire que son avis pèse. L’éditeur, Seven Stories Press à New-York fait confiance à sa traductrice vedette, l’affaire est conclue.
Découvrant la culture bretonne par Déguignet, Linda est inlassable de curiosité sur tout ce qui touche notre patrimoine. Ce qui l’a profondément marquée lors de sa visite du Musée breton, c’est la diversité des costumes et leur richesse, rien ne lui était étranger de nos modes glazik, melenik, bigoudenn, fouesn, les questions fusent, l’intérêt pour notre civilisation rurale est constant elle veut tout savoir tout comprendre.
Au centre Déguignet, Norbert Bernard lui présente les précieux cahiers manuscrits, écrits qui lui sont familiers depuis de longs mois. C’est donc avec beaucoup d’émotion qu’elle tourne les pages des cahiers de notre compatriote. Elle veut tout voir : l’église, le presbytère, Kerdévot, Le Quélénnec, le Stangala, Lézergué ou elle apprécie l’accueil de l’hôte du lieu tout occupé au ramassage de pommes à cidre.
Autre visite obligatoire : la maison d’édition An Here à Plougastell-Daoulas ou Cédric Sinou lui présente un florilège de la maison. Elle repart avec des livres pour enfants en breton pour ses petits-fils. Après une balade touristique dans la presqu’île de Crozon, c’est l’émerveillement pour le cimetière marin de Camaret et …les crêpes, sa grande découverte en Bretagne, surtout les crêpes de Blé noir.
Mais l’endroit qu’elle ne voulait absolument pas rater, c’est le Yeun Elez. Par chance il fait beau, le Mont St Michel offre un panorama splendide ; la contrepartie c’est le marais qui paraît avenant, on a du mal à imaginer la bouche de l’enfer perdue dans les brumes ou surgit l’Ankou et les lavandières de nuit. Elle continue là sa recherche d’authenticité, ce ne sont pas les penn-ti retapés qui l’intéressent mais les vrais, les vétustes, sans velux, ceux qui laisse imaginer la dureté de la vie il y a un siècle, ceux de l’époque Déguignet.
Au détour d’un sentier bourbeux de Botmeur, Linda nous confie : aujourd’hui je suis ici dans un monde de paysans, demain je dînerai à Paris avec un académicien et après demain je serai dans mon appartement New-Yorkais. Trois jours, trois mondes, trois cultures, ce qui n’aurait pas déplu à notre globe-trotter bas-breton. Ainsi va la vie pour notre visiteuse d’automne, ravie de son passage en Bretagne.
« Memoirs of a Breton Peasant », sort à New York en février. Rappelons-nous les paroles prophétiques de Jean Marie Déguignet : « Mes écrits commencent déjà à produire …ils pourront produire encore plus tard, dans cinquante ans, cent ans, mille ans et plus …» Belle revanche posthume de notre Jean-Marie !
Un certain nombre d’exemplaires seront disponible au local d’Arkae, ceux qui voudraient s’en procurer peuvent se faire connaître)
Bernez Rouz

Pennad orin / Texte original
A fascinating document of an extraordinary life, Memoirs of A Breton Peasant reads with the liveliness of a novel and bristles with the vigor of an opinionated autodidact from the very lowest level of peasant society. Brittany during the nineteenth century was a place seemingly frozen in the Middle Ages, backwards by most French standards; formal education among rural society was either unavailable or dismissed as unnecessary, while the church and local myth defined most people's reasoning and motivation. Jean-Marie Deguignet is unique not only as a literate Breton peasant, but in his skepticism for the church, his interest in science, astronomy and languages, and for his keen'often caustic'observations of the world and people around him. Born into rural poverty in 1834, Deguignet escapes Brittany by joining the French Army in 1854, and over the next fourteen years he fights in the Crimean war, attends Napoleon III's coronation ceremonies, supports Italy's liberation struggle, and defends the hapless French puppet emperor Maximilian in Mexico. He teaches himself Latin, French, Italian and Spanish and reads extensively on history, philosophy, politics, and literature. He returns home to live as a farmer and tobacco-seller, eventually falling back into dire poverty. Throughout the tale, Deguignet's freethinking, almost anarchic views put him ahead of his time and often (sadly, for him) out of step with his contemporaries. Deguignet's voluminous journals (nearly 4,000 pages in total) were discovered in a farmhouse in Brittany a century after they were written. This narrative was drawn from them and became a surprise bestseller when published in France in 1998
Troidigezh / Traduction
Document fascinant sur une vie extraordinaire, les Mémoires d'un paysan breton se lisent avec la vivacité d'un roman et regorgent de la vigueur d'un autodidacte opiniâtre issu des couches les plus basses de la société paysanne. La Bretagne du XIXe siècle semblait figée dans le Moyen Âge, arriérée selon la plupart des critères français ; l'éducation formelle en milieu rural était soit inexistante, soit jugée inutile, tandis que l'Église et le mythe local définissaient le raisonnement et les motivations de la plupart des gens. Jean-Marie Deguignet est unique non seulement en tant que paysan breton lettré, mais aussi par son scepticisme envers l'Église, son intérêt pour les sciences, l'astronomie et les langues, et par ses observations aiguës, souvent caustiques, du monde et des gens qui l'entouraient. Né dans une campagne pauvre en 1834, Deguignet fuit la Bretagne en s'engageant dans l'armée française en 1854. Durant les quatorze années qui suivent, il combat pendant la guerre de Crimée, assiste aux cérémonies du couronnement de Napoléon III, soutient la lutte de libération de l'Italie et défend le malheureux empereur fantoche Maximilien au Mexique. Autodidacte, il apprend le latin, le français, l'italien et l'espagnol et lit abondamment sur l'histoire, la philosophie, la politique et la littérature. De retour chez lui, il vit comme agriculteur et marchand de tabac, avant de retomber dans une misère noire. Tout au long du récit, les opinions libres, presque anarchiques, de Deguignet le placent en avance sur son temps et souvent (malheureusement pour lui) en décalage avec ses contemporains. Les volumineux journaux de Deguignet (près de 4 000 pages au total) ont été découverts dans une ferme bretonne un siècle après leur rédaction. Ce récit, tiré de ces journaux, est devenu un best-seller surprise lors de sa publication en France en 1998.
Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin
Jean-Marie Déguignet, Memoirs of a breton peasant, Seven stories press, New-York city, 2004 (1ere edition), 2011 (2ème édition), Découvrir en ligne - To have a look